Il y a au moins dix ans, j’ai eu un coup de cœur pour lui. Souvent, je l’ai regardé, à la télé, sur le Web, dans la pénombre d’une salle de cinéma. J’ai mis beaucoup de temps à vaincre ma timidité. J’ai même acheté un livre pour mieux le comprendre, le connaître. Puis j’ai croisé des gens qui le fréquentaient assidûment, depuis plusieurs années, avec passion. J’ai commencé à formuler des mots et des images, dans ma tête, les sujets d’éventuelles conversations… mais je n’ai pas cherché à provoquer la rencontre.
J’ai pensé que mon séjour au Sénégal serait une excuse parfaite pour me mettre en travers de sa route. J’ai fait l’acquisition de quelques accessoires susceptibles de lui plaire et j’ai gardé l’œil ouvert en espérant qu’il vienne à ma rencontre. Pendant plusieurs mois, j’ai attendu. Il était inscrit aux abonnés absents.
Comme on le fait avec la robe trop chic qui attend la grande occasion dans le placard, j’ai porté mes accessoires. Ma première sortie n’a pas été un grand succès. Je me suis débrouillée comme une haltérophile en talons aiguilles sur un fil de fer. L’image n’était pas au mieux, mais j’ai néanmoins réussi à trouver un certain équilibre.
Et le 27 janvier dernier, une personne qui me connaissait de nom, que je n’avais jamais vue, m’a proposé de faire sa connaissance. Je me suis dit que c’était l’occasion ou jamais. Je suis allée à sa rencontre ; une sorte de « blind date » : mon premier flirt avec le documentaire.
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Le programme d’envoi de volontaires auquel je participe voulait mettre en valeur ses activités sur le terrain à l’occasion de la journée internationale de la Femme, et il voulait le faire à travers la diffusion d’articles, de baladodiffusions et de films. Comme je fais dans la communication, on m’a demandé si je voulais produire des contenus sur le travail réalisé au Sénégal.
J’ai pris une petite semaine pour contacter des collègues et d’anciens volontaires. Je me suis aussi rappelé cette dame, Sophie, que j’avais rencontrée en novembre alors que j’étais de passage dans la région de Saint-Louis. Je l’avais vue s’exprimer lors d’un conseil d’administration de la Fédération des périmètres autogérés (FPA) et dans le cadre d’un groupe de discussion avec les femmes d’une union de producteurs agricoles à Kassack-Sud.
Mon emploi du temps s’est avéré serré. J’avais 48 h pour aller à Saint-Louis et en revenir, ce qui me laissait, grosso modo, un après-midi pour tourner… Je m’attendais à trouver Sophie seule, à Kassack. J’avais prévu un portrait intimiste avec des scènes de la vie quotidienne, la préparation d’un repas, la présence des enfants, du mari, le brouhaha de la cour, le va-et-vient du bétail… J’ai plutôt trouvé Sophie dans la salle du Groupement de promotion féminine avec six consoeurs. L’entrevue intimiste s’est transformée en entrevue de groupe. L’expérience a été intéressante… mais m’a obligée à m’éloigner de mon sujet pour pouvoir ensuite y revenir.
Première impression après la première rencontre : mon sujet n’était pas tel que je l’avais imaginé, comme ça arrive trop souvent, à la suite d’un « blind date »… mais entre nous, ça a quand même cliqué. J’ai quitté Kassack un peu avant 19 h, images sur carte SD, avec pour principale préoccupation de voir le bout des pistes de terre avant que la nuit ne nous trouve. Le chauffeur a galéré pour éviter les trous et il était bien 21 h quand on a mis les pieds chez Claude, mon collègue volontaire – caméraman dont l’appartement m’a servi de camp de base pendant ce séjour éclair d’un peu plus de 24 h à Saint-Louis.
J’ai transféré les plans sur l’ordinateur et j’ai laissé reposer pendant une dizaine de jours, le temps de faire le tour du Sénégal et de rencontrer des membres du CNCR à travers le pays. Je me suis mise à douter de la qualité de ce que j’avais tourné, de ce que j’arriverais à en faire. Je m’étais engagée, une seconde rencontre devait avoir lieu.
À mon retour de tournée, j’ai « dérushé », comme ils disent, dans le métier. Le résultat m’a semblé moins catastrophique que ce que j’avais anticipé. Les femmes étaient télégéniques, intéressantes, engagées. Sophie s’exprimait clairement et abordait les différents thèmes que j’avais ciblés au départ. De l’heure et demie de tournage, j’ai conservé des plans totalisant au plus une dizaine de minutes.
J’ai enregistré la voix de Claude, qui porte aussi la casquette de conseiller en développement organisationnel à la FPA, et interrogé Sabine, l’experte en questions d’égalité femme-homme en poste au Sénégal, pour un regard critique sur la suite des choses.
J’ai eu droit à l’aide de mon colocataire, doué pour les traductions du wolof au français, qui a mis une touche de raffinement à ma compréhension approximative des interventions des femmes et aux traductions d’Oumou, membre du groupement.
En ajoutant à tout ça les doigts de fée de ma petite sœur à la kora, j’étais assez contente du résultat. Je me suis dit que c’était peut-être le début d’une relation potentiellement longue et fructueuse, une relation dans laquelle je mettrais du mien et j’étais prête à m’investir.
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Je remercie tous ceux qui m’ont conseillée : tenter de faire des plans cadrés plus serrés la prochaine fois ; faire en sorte que la personne filmée regarde davantage vers la caméra, pour qu’on capte son émotion, sa volonté, sa douceur ; laisser de la place aux bruits d’ambiance ; laisser de l’espace pour ma voix, car on se lasse de lire et on aime bien entendre la voix sous le regard ; laisser défiler le quotidien, prendre le temps de filmer plus longuement, pour en faire un vrai documentaire…
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Prochaines étapes :
(1) l’acquisition de nouveaux accessoires pour mettre un peu plus de piquant dans cette relation : un trépied pour les cadrages fixes qui durent (un monopode ne suffit pas) et un micro-cravate pour que le son soit bon.
(2) un nouveau sujet pour poursuivre l’aventure…
10 Commentaires jusqu'à présent
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bravo danielle, j’ai beaucoup apprécié…peut-etre une nouvelle carriere comme cinéaste? bonne fin de journée jn-claude robi
Commentaire par jn-claude robichaud Dimanche, 28 février 2010 @ 3:15Bravo miss!
Commentaire par Marie-Julie Gagnon Dimanche, 28 février 2010 @ 12:51Bonjour Jean-Claude ! Merci d’avoir pris la peine de laisser un mot ici. Les commentaires de gens que je connais et apprécie me donnent toujours envie d’écrire ! Je ne sais pas si c’est le début d’une autre carrière, mais je compte bien remettre ça. Il suffit parfois de formuler l’envie pour que l’occasion se présente : un ami m’a demandé si je voulais lui donner un coup de main pour un film sur les personnes touchées par les inondations dans son quartier. J’ai l’intention de dire oui. À suivre !
Commentaire par Danielle Lavoie Dimanche, 28 février 2010 @ 12:55Merci Marie-Julie !
Commentaire par Danielle Lavoie Dimanche, 28 février 2010 @ 12:56Bravo Dan !
Commentaire par Rémi Dimanche, 28 février 2010 @ 17:14Je me demandais ce que tu fricotais là-bas…
Commentaire par Denise Levac Dimanche, 28 février 2010 @ 19:37Maintenant je le sais.. BRAVO Danielle c’est super intéressant et rassurant!!!
Tu as raison ! Je fricote, je fricote ! Un prochain billet bientôt qui t’en dira encore plus. Merci du clin d’oeil ! Bises ! Salutations à ta bande de musiciens !
Commentaire par Danielle Lavoie Dimanche, 28 février 2010 @ 19:40Rémi, il me semble que tu as une petite « Flip ». Aura-t-on droit à ton premier film bientôt ?
Commentaire par Danielle Lavoie Dimanche, 28 février 2010 @ 19:46danielle jsuis ravie d’avoir enfin pu voir ton reportage ! jsuis épatée ! jtrouve ça super que tu t’approches un peu plus chaque jour de ce que tu aimes faire…
Commentaire par marine Samedi, 6 mars 2010 @ 20:43en regardant ces images je ne peux m’empêcher de te voir derrière… ça me rend nostalique… et me donne envie de vous retrouver, toi et agathe, au sénégal ! mais l’heure n’est pas à ça !! espérons que ça sera le cas d’ici qq temps… je t’embrasse fort, marine
Merci Marine ! Je romps mon vœu de silence virtuel du week-end pour répondre à ton commentaire qui me rend nostalgique, moi aussi, d’autant plus que je rentre de Toubab Dialaw, où j’ai revu Iddy, qui a demandé comment allaient mes amis, la Française et le Tchèque (!) trop sympas. J’espère que tu vas bien et que ce tu aimes faire se précise ! Je t’embrasse aussi !
Commentaire par Danielle Lavoie Dimanche, 7 mars 2010 @ 18:53